Les syndicats de médecins

Se faire soigner en France, c’est naviguer dans un système de santé dont le fonctionnement est le fruit de luttes politiques.

« Si vous ne vous occupez pas de politique, la politique s’occupera de vous », et si vous ne vous intéressez pas aux syndicats de médecins, ils s’occuperons de vous soigner à leur façon.

Lorsque l’on vote le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PFLSS), on décide de ce qui va être remboursé par la Sécurité Sociale et de son budget, et cela nous concerne tous au coeur de nos corps.

Fin 2025, la mise au vote du texte a provoqué une levée de boucliers des syndicats de médecins. Une intersyndicale de 10 syndicats de médecins, qui représente pratiquement tous les syndicats de médecins, a publié un communiqué commun (cf ci-dessous) dénonçant le texte et appelant à une grève de la médecine libérale, et soutenant un mouvement visant à s’exiler à Bruxelles durant cette grève pour ne pas pouvoir être réquisitionné.

Au coeur de cette mobilisation, les « attaques » du PFLSS contre la médecine libérale, à savoir principalement une régulation des tarifs des actes médicaux sans l’accord des syndicats de médecins et des proposition de plafonnement des dépassements d’honoraire.

On pourrait se demander comment tous les syndicats de médecins semblent partager comme valeur commune la défense de l’exercice libéral et sa rémunération. N’y a-t-il pas quelque part des syndicats de médecins pour défendre plutôt l’accès aux soins pour tous? Les centres de santé communautaires? Le seul syndicat de médecin « de gauche » existant (disons les choses) est le SMG, syndicat de la médecine générale, ultra minoritaire, donc non représentatif et ne participant pas aux négociations conventionnelles avec l’Assurance Maladie.

Ainsi, les négociations avec l’Assurance Maladie se font avec des syndicats de médecins qui défendent tous l’exercice libéral et leur rémunération.

Petit point Histoire

Le syndicalisme médical émerge à la fin du XIXème parallèlement au développement des mutuelles.

La matrice de ce syndicalisme est formée par le groupe de médecins qui crée la revue le Concours médical. Dans le premier numéro, daté du 5 juillet 1879, l’éditorial appelle à « mettre en commun les intérêts scientifiques et professionnels » pour « une
profession plus lucrative et plus honorée
. »
[1]

Par la suite, les syndicats de médecins vont forger leur identité autour de l’exercice libéral de la médecine, en en faisant même une condition sine qua non de la guérison des malades. Le congrès des syndicats de médecins de 1927 aboutit à une charte qui demeure encore aujourd’hui leur socle idéologique.

« Par son caractère intellectuel, la médecine est une profession libérale ; ce qui veut dire que l’on exerce en toute liberté : liberté d’accorder ou de refuser ses soins ; liberté de traiter le patient à sa guise, ayant pour seul guide et seul frein l’intérêt du malade et la conscience professionnelle ; liberté de réclamer des honoraires que l’on proportionne à l’importance des soins donnés et du service rendu, aux situations sociales du client, personnelle du praticien. C’est cet affranchissement de toute entrave morale et matérielle, cette indépendance absolue du médecin qui, avec la foi en sa science, engendre la confiance en lui que lui voue son malade et lui donne le pouvoir de guérir. »

[in Le médecin syndicaliste, 1er janvier 1928, pp. 37-39.]


Les médecins restent donc largement en dehors de la logique de la protection sociale et de la socialisation de l’exercice de la médecine, puisque le rapport avec le patient reste un rapport individuel.[1]

La médecine libérale, avec une revendication d’autonomie, demeure une valeur clé pour la quasi totalité des syndicats de médecins français en 2026. Les jeunes médecins, pourtant davantage intéressés aujourd’hui par un exercice salarié (cf [2]), se laissent facilement convaincre par les syndicats de médecins qu’ils intègrent tôt dans leurs études, sans réflexion politique.

En effet, l’entrée dans l’internat s’accompagne quasi systématiquement de l’adhésion à un syndicat d’internes, sans laquelle les étudiants n’ont pas accès aux listes des stages ni aux logements. Un syndicat généralement unique dans chaque Faculté de médecine, les étudiants en médecine se revendiquant majoritairement « apolitiques » et ne voyant pas le problème. Ces syndicats se regroupent sous la bannière d’un syndicat national d’internes (l’ISNI), se revendiquant toujours « apolitique », et défendant tout aussi aveuglément que ses ainés les privilèges de la profession en termes de revenus et de liberté d’installation.

Pour finir, quelques perles syndicales

Le plus surprenant est que les syndicats de médecins, malgré leurs revendications particulièrement corporatistes, arrivent malgré tout à obtenir de la sympathie d’une partie de la population, en surfant sur le mythe du respectable médecin défendant corps et âme la veuve et l’orphelin, qu’il soigne à mains nues dans son petit cabinet poussiéreux où il lutte sans merci pour boucler ses fins de mois, malgré les attaques répétées de l’horrible Assurance Maladie qui tente de l’asphyxier.

Je vous propose de nous amuser un peu avec quelques visuels produits sans aucune honte par les syndicats de médecins.

Ils n’hésitent pas à faire usage de la menace auprès de leurs patients en placardant des affiches alarmistes dans leur cabinets, vous prévenant que vous ne serez plus soignés s’ils n’obtiennent pas leurs revendications.

Ils font également un usage courant de désinformation victimaire concernant le tarif des consultations, en se comparant aux autres pays européens. Par exemple, dans cette carte de l’Europe diffusée par Médecin pour demain, on peut lire une consultation à 69 euros en Espagne et à 180 euros au Royaume Uni… Petit détail omis: il s’agit de tarifs retrouvés dans le secteur privé (et encore?? La source citée: « JT de TF1″…), puisque ces deux pays possèdent justement un système public de médecins salariés par l’Etat [3], que le patient consulte sans avance de frais. Une organisation que les syndicats de médecins français ont toujours rejetée depuis leur création.

Concernant la liberté d’installation, le syndicat des internes national n’hésite pas à utiliser un visuel rappelant l’esclavage, avec des mains de chirurgien entravées par des chaînes.

Médecin pour demain illustre quant à lui son tract du poing levé de Martin Luther King pour demander une revalorisation de l’acte médical et la consultation à 50 euros.

https://www.caducee.net/actualite-medicale/15895/plus-de-8500-medecins-liberaux-se-mobilisent-pour-la-consultation-a-50.html

L’arrivée de l’IA ne nous a pas laissés en reste pour des visuels toujours plus… malaisants. Par exemple ce flyer contre la loi Garot produit par Médecin pour demain.

Ou encore celui produit par l’UFML avec un montage du directeur de la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie) qui vient opérer un asservissement des médecins en jouant à la marelle.

En conclusion, gardons un oeil critique sur les négociations syndicales avec les médecins, en prenant en compte l’uniformité de leurs revendications malgré leur multiplicité.

Pour plus de précisions sur l’historique des syndicats de médecins, je vous recommande la lecture de l’article [1].

REFERENCES

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